lundi 15 janvier 2007
Etape 9 : Tichit - Nema
Liaison 0 km - Spéciale 494 km - Liaison 3 km - Total 497 km
Retournement de situation :
Les Pajero de Peterhansel et Alphand en tête !
La deuxième partie de l'étape marathon du rallye Dakar 2007 aura finalement livré son verdict impitoyable pour Volkswagen, qui perd toute chance de victoire, au profit provisoire des Mitsubishi de Peterhansel et Alphand.
Le Dakar reste le Dakar. Bien que jugée plutôt facile, la vingt neuvième édition se sera pourtant montrée exceptionnellement cruelle pour Volkswagen, une nouvelle fois stoppée dans sa course effrénée vers le Lac Rose.
Depuis plusieurs années Mitsubishi domine le Roi des Rallyes, et Volkswagen ne ménage pas ses efforts pour contrer l'hégémonie de l'équipe franco-japonaise. Mais l'histoire se répète inlassablement : jusqu'à aujourd'hui, l'expérience, la sagesse, l'intelligence de course l'emportent sur la performance pure, dans ce qui reste avant tout une course d'endurance. Les Touareg -et autres lièvres- dominent les étapes marocaines, puis se prennent les pieds dans le tapis volant déployé par les Pajero en Mauritanie.
Les challengers progressent pourtant chaque année, au point d'ébranler la sérénité de Mitsubishi, qui a fait plus que trembler cette année, sous la menace des Race Touareg auteurs jusqu'à la huitième étape d'un parcours sans faute, alors même que les rouges accumulaient les incidents de parcours.
Mais un Dakar se gagne toujours sur la durée. Et comme le soulignait Dominique Serieys lundi soir, les voitures ne sortent pas indemnes d'une première partie menée tambour battant. A l'abord de la seconde moitié du rallye, l'étape marathon sanctionne tout le début de course, et cette fois encore elle s'est montrée impitoyable. D'aucuns diront même injuste, tant la correction infligée aux Volkswagen semble terrible.
Personne n'aurait osé parier, dimanche matin, que les Touareg puissent subir une telle déroute, tant ils semblaient maîtriser leur sujet. Mais il est assez significatif de constater que les deux autos qui avaient dominé tout le début du rallye ont connu leur première alerte sérieuse dès le premier jour de l'étape marathon, avec la panne de direction assistée qui a écarté Sainz de la lutte pour la victoire. Quelque part, cette mésaventure avait pourtant un côté positif pour l'équipe allemande, en désignant clairement un leader, et en lui épargnant de fait une dangereuse lutte fratricide pour la fin de course. Mais la fiabilité a fait défaut une seconde fois à Sainz, de manière irrémédiable : moteur inexplicablement - et définitivement - arrêté. Elle avait aussi lâché de Villiers, un peu plus tôt : casse moteur, provoquant un début d'incendie. Et voilà les deux leaders de mi-rallye qui rejoignent tous deux le bivouac en remorque derrière un camion. Il aura suffit d'un seul incident pour chacun des deux équipages (Sainz dimanche, de Villiers lundi) pour annihiler leurs chances, et effacer un début de course flamboyant.
Du côté de Mitsubishi on a le triomphe (provisoire) modeste. Chacun sait que nul n'est à l'abri d'une mésaventure, ou d'une erreur aussi lourde de conséquences. Et les pilotes, comme Stéphane Peterhansel préfèrent de loin s'imposer de haute lutte plutôt qu'à l'issue d'une cours par élimination. Les multiples pépins du premier tiers de rallye sont également trop présents dans les esprits pour qu'on fanfaronne chez les rouges. Car la machine MMSP n'a jusqu'alors pas tourné aussi rond qu'à l'accoutumée, loin s'en faut.
Les Pajero étaient nettement en retrait côté performance, un désavantage assumé plus difficilement cette année, tant les Touaregs avaient progressé. Plus grave : la course d'attente des Pajero était entravée par de multiples crevaisons et des soucis d'embrayage récurrents qui, jour après jour, leur faisaient perdre inexorablement le contact avec le duo de tête, et les ont empéché d'aller cueillir une victoire, une fois le moment venu d'attaquer. Quelque soit l'issue de la course, on analysera certainement cet état de fait chez Mitsubishi, et on agira en conséquence pour le futur.
Reste que les multiples vainqueurs du Dakar font une nouvelle fois la preuve de leur expérience de cette course hors du commun. Les Pajero ne rencontrent que des soucis mineurs, préjudiciables, mais jamais éliminatoirs. La faiblesse des embrayages (ou le fait qu'ils soient plus sollicités pour une autre raison à analyser...) est compensée par le fait qu'il soit possible de les remplacer sur la piste en un temps record. Depuis l'entrée en Mauritanie, les équipages en ont changé au moins un chaque jour ! Et pourtant, Peterhansel, qui en est à son deuxième remplacement est aujourd'hui en tête du provisoire. La science du Dakar consiste à trouver l'équilibre entre performance et fiabilité, à savoir faire le dos rond quand les lièvres emballent la course, à garder le contact, et surtout à tout prévoir : y compris la possibilité de réparer sur la piste une casse irrémédiable pour n'importe quelle autre auto.
C'est pourquoi aujourd'hui, la position de leader des Pajero ne doit surtout pas être dépréciée à l'aune d'un simple changement de camp du facteur chance. Le résultat d'hier parle de lui même : les quatre Mitsubishi officiels sont toujours en course, et ils terminent aux seconde, troisième, quatrième et cinquième place de l'étape. Au général, Peterhansel et Alphand, séparés de moins de huit minutes, devancent le troisième d'une heure vingt cinq. La conclusion à en tirer ? Des autos les plus rapides, seules les Mitsubishi affichent aujourd'hui l'équilibre, la constance et la fiabilité qui permettent d'aller loin dans un Dakar.
L'étape d'hier restera certainement longtemps dans les mémoires, comme l'une des plus marquantes de la légende du Dakar côté auto. Le témoignage de Luc Alphand, à l'arrivée résume bien l'incroyable succession d'événements dont elle a été le théâtre : " Ça a été une journée incroyable. On a vu de Villiers arrêté, ce qui était bon pour nous. Mais je savais que Stéphane attaquait. Là, on l'a vu lui aussi arrêté, et j'ai pensé qu'il valait mieux lever le pied, car notre tour de malchance pouvait bien survenir. Du coup, Sainz, Miller et Stéphane m'ont rattrapé. Mon rythme n'était pas très élevé, et ils m'ont passé. J'ai ensuite trouvé Sainz arrêté, lui aussi, en compagnie de Miller ! Puis à nouveau Stéphane ! Incroyable..."
Alphand, en maintenant son rythme, sans se soucier des autres équipages, passe pour une fois au travers des embûches et se classe second de l'étape. La frustration qu'il affichait jusqu'à hier, d'avoir perdu du temps, chaque jour, sur de menus pépins doit être transformée en satisfaction de ne pas en avoir connu de gros, ce qui lui permet de jouer aujourd'hui la victoire face à Peterhansel !
Ce dernier a encore une fois tout tenté. Et il a dû attaquer pour terminer troisième, en ayant changé un embrayage (il bat son record dans ce domaine en quinze minutes seulement !), puis en ayant crevé en fin de parcours. Il prend cependant la tête du classement général.
Masuoka termine quatrième, malgré deux crevaisons, et Roma, parti loin, après ses problèmes électriques de la veille, fait une course solide jusqu'à la cinquième place.
Mitsbishi est donc redevenu hier le team patron du Dakar, avec trois autos dans les cinq premiers, et surtout, le duo Alphand / Peterhansel à nouveau en lice pour la gagne, loin devant le troisième. Reste, comme le disait également Alphand, à faire une course intelligente, en l'absence de toute consigne d'écurie, pour ne pas tout perdre dans le duel qui s'annonce entre les deux derniers vainqueurs du rallye Dakar.
Classement de la neuvième étape
1 Jean-Louis Schlesser / Arnaud Debron Schles-Ford-Raid 5:32:03 --:--:--
2 Luc Alphand / Gilles Picard Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 5:32:16 +0:13
3 Stéphane Peterhansel / Jean-Paul Cottret Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 5:36:17 +4:14
4 Hiroshi Masuoka / Pascal Maimon Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 5:40:41 +8:38
5 Joan Roma / Lucas Cruz Senra Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 5:46:30 +14:27
6 Nasser Al Attiyah / Alain Guehennec BMW 5:46:37 +14:34
7 Carlos Sousa / Andreas Schulz Volkswagen Race Touareg 6:02:24 +30:21
8 Jutta Kleinschmidt / Tina Thorner BMW 6:03:12 +31:09
9 Sergey Shmakov / Konstantin Meshcheryakov Buggy 6:03:48 +31:45
10 Mark Miller / Ralph Pitchford Volkswagen Race Touareg 6:03:55 +31:52
Classement général après la neuvième étape
1 Stéphane Peterhansel / Jean-Paul Cottret Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 33:43:23 --:--:--
2 Luc Alphand / Gilles Picard Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 33:51:13 +7:50
3 Nasser Al Attiyah / Alain Guehennec BMW 35:06:44 +1:23:21
4 Jean-Louis Schlesser / Arnaud Debron Schles-Ford-Raid 35:08:55 +1:25:32
5 Hiroshi Masuoka / Pascal Maimon Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 35:57:07 +2:13:44
6 Mark Miller / Ralph Pitchford Volkswagen Race Touareg 35:57:49 +2:14:26
7 Carlos Sousa / Andreas Schulz Volkswagen Race Touareg 37:54:52 +4:11:29
8 Robby Gordon / Andy Grider Hummer 40:04:22 +6:20:59
9 Stephane Henrard / Brigitte Becue Volkswagen Race Touareg 41:02:18 +7:18:55
10 Pascal Thomasse / Pascal Larroque Buggy 41:29:53 +7:46:30
11 Benat Errandonea / Jean-Pierre Garcin Buggy 41:32:35 +7:49:12
12 Joan Roma / Lucas Cruz Senra Mitsubishi Pajero/Montero Evolution 42:56:11 +9:12:48 |
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